Entretien avec Éric-Emmanuel Schmitt

August 4th, 2008

 

Par: Saeed Kamali Dehghan, La Revue de Téhéran

Paris Le 17 Janvier 2008, Théâtre Marigny

Né en 1960 à Lyon, Eric-Emmanuel Schmitt a écrit de nombreux romans et récits tels que La Secte des égoïstes (1994), L’Evangile selon Pilate (2000), Lorsque j’étais une œuvre d’art (2002) et de courts récits comme Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (2001) et Oscar et la dame rose (2002) ayant fortement contribué à son succès mondial. Il est également l’auteur de nombreuses pièces de théâtre telles que Variations énigmatiques (1996), Milarepa (1997), Hôtel des deux mondes (1999), ou encore Petits crimes conjugaux (2003) qui ont été mises en scènes et ont rencontré un important succès dans de nombreux pays. Il prépare actuellement sa dernière pièce intitulée La tectonique des sentiments.

Quelle a été votre impression quand vous avez appris que vos livres avaient été traduits en Persan?

Cela m’impressionne parce que pour moi, le Persan est une langue de culture, vous représentez l’un des plus vieux pays de culture, l’un des pays où la culture est là depuis le plus longtemps… d’ailleurs très sincèrement, je connais mieux votre ancienne culture que la culture récente, comme beaucoup d’occidentaux, et lorsqu’on apprend que l’on est traduit dans ces langues de haute et de vieille culture, on a toujours l’impression que l’on vient d’être décoré, que l’on a reçu un petit titre de noblesse, c’est gratifiant. En même temps, ce que j’apprends de tous les Iraniens que je rencontre, c’est que l’on joue mon théâtre, que les jeunes vont voir mon théâtre, et cela me touche particulièrement parce que je pense que mon théâtre est un théâtre qui pose des questions, et qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses. C’est un théâtre qui s’interroge sur la condition humaine, sur la relation amoureuse, sur la sexualité, mais aussi sur la spiritualité et sur Dieu, sur le doute, sur l’absence de foi… Tout est en question dans mon théâtre, et savoir que ces questions ont un écho profond auprès du public iranien me bouleverse parce que cela confirme mon postulat humaniste, c’est-à-dire que je crois vraiment que ce que nous avons en commun, tous, quelque soit notre histoire, notre langue ou notre époque, ce sont les questions. Pour moi la condition humaine, c’est la condition d’un animal qui se pose des questions. Je crains plus les animaux qui donnent des réponses, parce que les réponses nous différencient les uns des autres, nous avons besoin de réponses pour vivre, des réponses provisoires, méthodologiques, des réponses pratiques, des répondes morales, mais il ne faut pas que le fait d’avoir des réponses nous fasse oublier que la réponse est différente en chacun alors que la question est la même en tous. Et savoir que l’on peut nous jouer en Iran, au Japon, ou en Islande, et qu’il y a un écho me confirme cet humanisme qui est en moi, à savoir que pour moi l’homme est un animal habité par des questions.

Quelle image avez-vous de l’Iran?

J’ai une image qui n’est pas celle que développent les médias français et le monde de la politique en France, qui est je pense assez sévère, non seulement par rapport au pouvoir actuel, mais également par rapport à tout le pays. Je n’ai pas cette image sévère parce que je rencontre des Iraniens, parce que je connais des juifs iraniens qui me disent qu’il est tout à fait possible d’être un juif iranien, que ce n’est pas un pays antisémite, parce que je connais des femmes iraniennes qui me disent que ce n’est pas du tout une tragédie d’être une femme iranienne. Je découvre donc des intellectuels, des artistes, des gens qui vivent en Iran ou des Iraniens qui se sont installés à Paris, dont certains journalistes, et ils ont modifié l’image que j’avais de l’Iran qui, en France, médiatiquement, est véritablement au service d’une politique, voire d’une paranoïa.

Vous avez étudié la philosophie; en quoi cette discipline a-t-elle eu une influence dans vos activités littéraires?

Je crois que la littérature est la bonne manière de faire de la philosophie. Je pense que l’écriture spécifiquement philosophique, c’est-à-dire l’essai, le traité ou le cours magistral à l’université est utile, mais ce n’est pas la meilleure forme que peut prendre la philosophie. Pourquoi? Parce que c’est dans la vie de tous les jours que nous nous posons des questions philosophiques, du matin au soir: ai-je raison d’agir comme ceci ou comme cela, ai-je raison d’aimer comme ceci ou comme cela, de croire à cela ou pas, ai-je raison d’affirmer cette valeur plutôt que celle-ci, est-ce que ma vie doit être conduite par la foi en Dieu ou pas, que dois-je apporter à mes enfants… Toute la journée, nous nous posons des questions philosophiques en ignorant souvent que c’est de la philosophie. Je crois donc que l’on doit toujours resituer les questions philosophiques dans la vie, et c’est pour cela que pour moi, le roman ou la pièce du théâtre sont les bonnes formes, parce que je représente la vie avec des personnages en chair, en émotion, en passion, qui vivent des situations concrètes à l’intérieur desquelles ils vont se poser, dans l’urgence vitale, des questions philosophiques. Pour moi, la littérature est donc le vrai écrin de la philosophie, c’est-à-dire que l’on doit mettre la philosophie dans l’écrin de la littérature car la littérature essaie de reproduire la vie et c’est là que la philosophie est à sa place. Je trouve qu’écrire un essai philosophique ou un article de philosophie est simplement résumer sa pensée, la mettre au clair, faire en sorte qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. C’est comme un archivage, mais que ce qui compte n’est pas l’archivage, c’est comment cela se pose concrètement dans la vie. Je pensais faire de la philosophie de façon traditionnelle, j’ai été formé pour cela et j’ai été professeur de philosophie à l’université tout en commençant en même temps à écrire, et comme le succès a été pour moi absolument immédiat, j’ai tout de suite rencontré les contemporains, le public, ma carrière a rapidement pris une dimension internationale, et j’ai pu me consacrer entièrement à l’écriture romanesque et théâtrale. Mais pour moi, ce n’était pas abandonner la philosophie, car toutes mes fictions se nourrissent de philosophie comme l’arbre se nourrit de la terre.

Nous savons que ce qui s’est passé dans le désert du Hoggar a changé votre vie et à marqué le début de votre activité d’écrivain. Pourriez-vous nous raconter davantage ce moment clé de votre vie?

Je suis né en 1960 dans une famille complètement athée, et même anticléricale. J’ai reçu une éducation complètement athée, et qui se prolongea au cours de ma formation philosophie dans les années 1980 à Paris, à l’Ecole Normale Supérieure de la Rue de Lille, où mon professeur était Jaques Derrida, philosophe athée lui aussi… En bref, toute ma formation est une formation complètement athée, et j’ai grandi dans une France qui pensait que Dieu était mort et que les religions étaient à l’agonie. Je suis ensuite devenu philosophe, c’est-à-dire que je me suis rendu compte que Dieu n’était pas mort, Dieu était présent en tout homme sous la forme de sa question. Au minimum, Dieu est présent comme une question en tout homme, que l’on réponde “oui”, “non”, ou “je ne sais pas”. Je me suis donc rendu compte que Dieu n’était pas mort, et que les philosophes que j’admirais comme Kant, comme Descartes, Leibnitz, Hegel pouvaient par ailleurs croire en Dieu. Grâce à mes études de philosophie, j’ai donc quitté l’athéisme pour l’agnosticisme, c’est-à-dire que lorsque l’on me pose la question “Est-ce que Dieu existe?”, je réponds comme tout philosophe “Je ne sais pas”. D’ailleurs aujourd’hui encore, si vous me demandez “Est-ce que vous croyez en Dieu, est-ce que Dieu existe?”, je réponds toujours “Je ne sais pas”, mais aujourd’hui, j’ajoute “Je crois que oui”, pourquoi? A cause d’une expérience très forte dans le Sahara, dans le désert du Hoggar quand j’avais 29 ans, en 1989. C’était d’abord une expérience extrême puisque je faisais une marche dans le désert de dix jours, je me suis perdu pendant une trentaine d’heures, sans vivres, sans rien à boire, et insuffisamment habillé pour la nuit car il fait très froid même dans le désert du Hoggar en février. Je me suis donc perdu, avec la perspective très claire que si je ne retrouvais pas mon chemin, j’allais mourir étant donné que le premier village était à trois cents kilomètres, et d’ailleurs, je ne savais même pas dans quelle direction il était. J’ai donc passé la nuit seul dans le désert, mais au lieu d’avoir peur, je me suis mis à recevoir une force extrême et à ressentir une confiance sublime; ce que j’éprouvais était tellement fort que j’avais l’impression que cela ne pouvait pas être moi qui en était à l’origine, j’avais vraiment l’impression de recevoir une force transcendante, et j’ai vraiment connu ce que l’on appelle une nuit mystique, ce que le philosophe Pascal appelait “la nuit de feu” car on a l’impression que l’on brûle. Cette expérience de Dieu n’était le Dieu d’aucune religion, c’était Dieu, et comme je n’étais pas religieux, je n’ai pas dit “Tiens, c’est le Dieu des chrétiens, des musulmans, ou celui d’Israël”, non, c’était juste Dieu. On m’a finalement retrouvé, et cette nuit a d’abord été un secret, c’était une petite source de foi, un petit filet d’eau, qui est devenu un fleuve; cette foi a grandi peu à peu et un jour, j’ai été obligé de l’avouer. En même temps que cette foi grandissait, ma plume devenait forte, car pendant cette nuit, il y avait eu pour moi l’unification de toute ma personnalité, c’est-à-dire que mon corps, mon cœur et mon esprit fonctionnaient ensemble. Avant, j’avais l’esprit d’un côté, le corps de l’autre et le cœur nulle part, et après cette expérience, tout d’un coup, tout allait ensemble. C’est pour cela que l’écrivain que je suis est en quelque sorte né durant cette nuit. Je ne suis pas en train de dire que j’écris parce que je crois en Dieu, j’écris parce que cette expérience m’a unifié, parce que la façon dont j’écris ne vise pas à convaincre les autres de croire en Dieu; simplement, si on lit bien, on voit qu’il y a une confiance profonde dans la condition humaine, dans certaines valeurs, mais en même temps tout est toujours remis en question. Je suis donc né une première fois en1960 en chair, et je suis né vraiment en chair, en cœur et en esprit une deuxième fois dans le désert du Hoggar.

La spiritualité fait cruellement défaut dans l’Occident actuel, est-ce notamment pour cela que vos ouvrages y ont été si bien accueillis, notamment en France?

Je crois que le fait que j’ai une parole complètement libre et attentive aux questions spirituelles a contribué à mon succès. Les philosophes ne parlaient plus de Dieu ni de foi, et je crois que mon regard sur les religions intéresse les gens, pas seulement en France mais dans d’autres pays d’Europe. Par exemple, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran présente un sage, Monsieur Ibrahim, un vrai sage, un homme que l’on aime, que qu’on admire, on a envie d’être comme lui, qu’il soit notre père… Et le fait que cet homme soit musulman et de le faire sentir au lecteur qui aime ce personnage, je pense que c’était il y a quelques années très original parce que cela correspondait à créer de l’intérêt pour ceux que l’on ne connait pas. Quand je voyage, on me dit souvent que grâce à mon sens des personnages, je créé de l’intérêt pour des personnages auxquels les lecteurs ne s’intéresseraient pas forcément s’il n’y avait pas cette histoire-là. Ils s’intéressent à l’islam, à un prêtre catholique, à un petit garçon juif, à un enfant qui va mourir et qui se pose des questions sur Dieu… Je crois qu’en fait mon regard est humaniste, je ne m’intéresse pas aux religions pour des raisons religieuses, mais pour des raisons humaines; c’est l’homme qui m’intéresse, parce que les religions font vivre les hommes, leur permettent de trouver un cadre dans lequel ils peuvent aimer, naître et mourir. Les gens voient que c’est un véritable amour de l’humanité qui me fait regarder les religions, les coutumes… et du coup, ils me suivent et découvrent. Je crois que ce regard, à la fois non-idéologique est non-religieux sur les phénomènes religieux, spirituels  et de croyance est ce qui a fait le succès.

De nos jours, il devient même presque ridicule de demander à un philosophe ou à un auteur s’il croit en Dieu… Il est donc intéressant que quelqu’un pose de nouveau ces questions dans le contexte actuel.

C’est moins ridicule qu’il y a quelques années, où on ne posait même pas la question. On ne la posait plus car on croyait avoir la réponse. Le problème de toute civilisation est qu’à un moment, les gens croient avoir la réponse alors qu’ils ne sont même pas posé la question. Il y a un moment où il y a une espèce de savoir partagé qui n’est même plus interrogé, et c’est vrai que je me suis mis à écrire dans un monde où on ne se posait même plus la question de Dieu parce qu’on avait la réponse: il n’existe pas. Certaines personnes disaient même que le christianisme n’était pas intéressant avant même de s’être vraiment posé la question. Je crois que je fais ressurgir des questions là où on s’était habitué à une réponse.

 La majorité de vos œuvres se terminent par un “happy end”… Ceci est-il lié à votre approche des religions et de la spiritualité, où y a-t-il une autre raison?

“Happy end”, c’est un peu difficile à dire, par exemple pour Oscar et la dame rose, le petit garçon meurt, Monsieur Ibrahim aussi…

C’est plutôt une sorte d’espoir…

Oui, voilà, mes œuvres ne finissent pas bien, mais elles finissent dans l’émotion, une émotion que l’on peut partager et sous laquelle il y a l’espoir. Ce n’est pas le “Happy End” au sens hollywoodien du terme. Je n’aime pas laisser le lecteur ou le spectateur dans le trouble, j’aime le plonger dans le trouble, mais je ne lâche pas sa main pour qu’il ne se noie pas, et à la fin je lui dis que l’on peut remonter au bord. Pour moi, il y a une éthique et une morale de l’écrivain: il peut créer tous les troubles à condition qu’il n’y laisse pas le lecteur. Il faut que cela soit un trouble fécond, que cela ait du sens et de l’intérêt. Mes fins sont parfois cruelles ou ambigües, mais elles ne sont jamais nihilistes ni négatives. Elles ne concluent jamais que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, au contraire, il y a un optimisme profond qui s’affirme. Ce ne sont donc pas des “happy end” au sens traditionnel.

Beaucoup de vos histoires traitent de la coexistence entre les religions. Pensez-vous qu’une telle coexistence est possible dans le monde actuel?

Clairement. Le bouddhisme est marginal, mais ce qui compte est que les trois monothéismes coexistent un peu partout. Par exemple en France, vous avez aussi bien des gens musulmans, chrétiens, ou juifs, on a quitté les sociétés qui étaient monolithiques et mono-croyantes; nous sommes désormais dans des sociétés qui sont polycroyantes, où il y a forcément plusieurs croyances qui coexistent. C’est pour cela que j’aime le thème de la coexistence des religions les unes à côté des autres.

Il faut absolument connaître la religion qui n’est pas la nôtre, et qui ne sera peut être jamais la nôtre, mais qui est celle de mon prochain, et non celle de mon “lointain”. J’essaie de réduire les distances entre les individus, entre les cultures et entre les religions, pour montrer que l’autre n’est pas mon “lointain” mais mon “prochain”.

Avez-vous déjà lu le Coran?

Oui. Le Coran se médite plutôt qu’il ne se lit. On ne le prend pas pour le lire du début à la fin, ce n’est pas une histoire. On prend un passage, on réfléchit, on vit avec, on se pose des questions… Que cela soit le Coran, la Bible ou les poèmes de Milarépa, ce ne sont pas des œuvres que l’on lit en commençant à la page une jusqu’à la dernière page. On en lit un passage, cela nous accompagne. Ces œuvres sont des compagnons de route, non des livres ordinaires.

Existe-t-il des similarités entre vous et Abel Znorko dans Variations Enigmatiques?

[Après avoir marqué un temps d'hésitation] Je suis entre les deux personnages de Variations Enigmatiques, c’est-à-dire entre Abel Znorko qui aime de loin, parce que c’est plus facile d’aimer de loin et de maitriser la relation, et je suis aussi du côté du journaliste, celui qui aime de près. J’ai cette tension en moi et je ne sais pas où je suis le meilleur. Je raconte donc les propres contradictions, je dirais donc qu’Abel Znorko est un excès de moi-même, de même que le journaliste est peut être l’idéal de moi-même. Où suis-je exactement entre mon excès et mon idéal, je l’ignore…

Pensez-vous, comme Znorko, que la littérature est plus profonde que la vie?

Je crois en l’inverse, je crois que la vie dépasse toujours la littérature, la vie est plus riche et plus profonde que la littérature, c’est d’ailleurs à cette condition que la littérature vivra et survivra, car elle aura toujours un maître plus fort qu’elle, c’est la vie elle-même.

La vérité où l’imaginaire: lequel de ces deux aspects de la vie est-il le plus important pour vous?

Ce qui ce passe dans le cerveau d’un homme finit par créer de la vérité, par changer le réel, à tort ou à raison. Nous avons parfois un doute, par exemple sur la personne que l’on aime, et cela peut tuer non seulement l’amour que l’on a pour cette personne, mais également tuer cette personne même. En même temps, une volonté très forte que l’on peut avoir dans l’esprit peut créer de la réalité et faire en sorte que certaines choses arrivent. Je ne crois pas que l’on puisse dissocier les deux; pour moi l’imaginaire créé de la réalité.

Vous essayez donc de vivre la vérité dans votre imaginaire…

[Hésitant] Je vis partiellement dans la réalité et partiellement dans l’imaginaire total, mais je sais quand je suis dans l’imaginaire, c’est-à-dire que je ne suis pas fou! [rires] Très sincèrement, il y a en moi des personnages et des histoires imaginaires qui ont autant d’importance que les histoires vraies de ma vie. Certains des personnages que j’ai créés vivent avec moi, on se parle, ils existent dans mon quotidien. Souvent, je fais des réflexions dans la vie qui seraient des réflexions par exemple de Monsieur Ibrahim ou d’Abel Znorko. En fait, j’enrichis la réalité avec mon imaginaire, perpétuellement.

Si vous deviez, comme Abel Znorko, choisir entre vivre dans une île ou comme un homme “normal” au sein du monde, quelle option choisiriez-vous?

Je choisirais quand même l’île, parce que je n’y serais pas seul car quand je suis seul physiquement, je ne suis pas seul psychiquement. Il y a des tas de personnages qui existent en moi, et donc dans la solitude je ne suis pas seul mais je suis plutôt en dialogue, il y a une multitude de voix qui parlent en moi… Je pense donc que je ne quitterai pas les autres si j’étais seul physiquement dans une île, au contraire. Quand j’écris des histoires, j’ai l’impression que les personnages me parlent, je les écoute, je note leurs mots… J’ai l’impression que c’est comme le musicien Beethoven; un jour il est devenu sourd mais il a continué à écrire de la musique parce que les sons étaient là, les notes étaient là, la musique était là même si physiquement ses oreilles ne l’entendait plus. Pour moi, les autres sont déjà tellement là que même si j’étais sur une île, comme Beethoven sourd, je continuerais à être avec les autres comme Beethoven continuait à écrire de la musique. Mais vous me posez des conditions extrêmes… j’espère tout de même que je vivrai toujours avec les gens!

Avez-vous peur de mourir?

J’ai longtemps eu très peur de mourir, j’ai longtemps été très angoissé par la mort, cela me réveillait la nuit… Grâce au travail philosophique et spirituel que j’ai fait sur moi, je peux vraiment dire que je n’en ai plus peur, mais je ne suis pas pressé… Pour moi la mort sera… Je ne sais pas ce qu’est la mort, mais je pense que ce sera une bonne surprise.

A la fin de la pièce Hôtel des deux mondes, lorsque Julien prend l’ascenseur, pensez-vous qu’il va aller en bas ou en haut?

Je ne sais pas, ce qui compte, c’est l’état dans lequel il prend cet ascenseur. Il est enfin capable de prendre cet ascenseur, alors qu’au début de la pièce, il en était incapable. En y montant, il est prêt à accepter tout ce qui arrivera, haut ou bas. Sentimentalement, je souhaite bien sûr qu’il descende… Vous parliez tout à l’heure des “happy end”, or, il n’y a pas de “happy end” dans Hôtel des deux mondes, ou plutôt c’est un “happy end” dans le sens où il est capable de monter dans l’ascenseur qui le conduit soit à renaître, soit à mourir. Il a le courage de vivre sa situation d’homme; c’est cela le “happy end”, mais s’il descend, c’est un “happy end” hollywoodien, et cela ne m’intéresse pas…

Concernant la pièce Petits crimes conjugaux, pensez-vous que le couple a besoin de crimes conjugaux pour vivre sa vie?

Dans cette pièce, je voulais dire que la plus grande aventure amoureuse est  l’aventure du couple qui dure, celui qui traverse les années, et il n’y a rien de plus difficile. Aujourd’hui, en Occident, on a tendance à dire que l’aventure est d’avoir toujours de nouvelles amours différentes, mais je crois que la chose la plus exaltante, la plus difficile, est un couple qui dure et qui traverse des années et qui fait en sorte que la passion ne s’éteigne pas ou qu’elle ne devienne pas de la violence. Je présente donc les moments où le couple se guérit de cette violence pour remettre la passion dans l’amour et non pas dans la destruction de l’autre. C’est pour moi le voyage le plus chaotique, accidenté et dangereux, que le voyage du couple.

Etes-vous marié?

J’ai été marié et je suis veuf.

Avez-vous commis des crimes conjugaux durant votre vie?

J’ai fait beaucoup d’erreurs.

Etes-vous satisfait de la façon dont vos pièces ont été jouées et mises en scène?

Cela dépend, parfois je vois un spectacle et je trouve que c’est encore mieux que ce que j’avais écrit, parfois je trouve que c’est juste comme j’ai j’écrit, parfois c’est beaucoup moins bien… Tout arrive, et c’est cela une vie de dramaturge: accepter que les pièces appartiennent aux autres, à ceux qui les jouent et qui les montent.

Quelles pièces mises en scène avez-vous trouvé supérieures à ce que vous aviez écrit?

En Russie, à Saint Pétersbourg, Frédérick ou le boulevard du crime, l’une de mes pièces, a été mise en scène de façon extraordinaire. Je ne pensais pas que j’avais écrit une si bonne pièce car c’est une pièce très compliquée, il y a vingt-cinq personnages. Elle avait été créée ici par Jean-Paul Belmondo… Mais je ne vois pas un centième des pièces que l’on monte de moi, je voyage mais j’écris aussi. Je n’ai rien vu en Iran car je n’y suis encore jamais allé… Ne serait-ce que ce mois-ci, onze de mes pièces étaient jouées pour la première fois à différents endroits du monde, mais je ne voyage pas pour l’instant car je suis occupé à écrire La tectonique des sentiments, ma nouvelle pièce.

Quels sont les auteurs contemporains français que vous appréciez le plus?

Dans le roman, il y a des gens que j’aime bien et dont je suis très curieux, notamment le romancier Philippe Claudel, il y a également une romancière qui est aussi une grande amie, Amélie Nothomb. Elle a une personnalité forte et singulière. Ces deux romanciers m’intéressent beaucoup.

Quels sont les auteurs qui vont ont le plus marqués?

Molière, Diderot, Pascal, le romancier allemand Stefan Zweig, voilà les plus importants.

Quelle est votre plus grande peur?

Perdre les gens que j’aime… Enfin, ce n’est pas que j’en ai peur, cela va arriver, soit ils vont mourir, soit c’est moi qui vais mourir, mais la séparation, la disparition de l’autre, je n’ai peur que de cela. Quand le téléphone sonne j’ai peur que l’on m’annonce que quelqu’un est malade ou en train de mourir. Le reste, on peut tout réparer, on peut se disputer avec quelqu’un et réparer ensuite, si on m’annonce que je suis malade, soit je suis soigné, soit je meurs, ce n’est pas grave; mais la disparition de l’autre, c’est une chose qui me fait peur.

De quoi rêvez-vous? Quel genre de cauchemars faites-vous?

Je rêve d’interviews… [rires] C’est vrai, parfois il m’arrive de cauchemarder que je suis en interview et que cela se passe très mal… Ce n’est pas pour rien que j’ai écris Variations Enigmatiques. Pourtant, cela se passe toujours bien, mais j’en fais encore des cauchemars, et parfois, lorsque je suis invité à une grande émission de télévision, j’ai du mal à dormir la veille… Mais de façon générale, je fais des rêves très agréables.

Faites-vous beaucoup d’interviews?

Comme je suis joué et traduit dans cinquante pays, il le faut.

گفت‌وگو اختصاصی با «اریک امانوئل اشمیت» را اینجا بخوانید.

En Iran, on risque toujours d’être puni pour son imagination

June 23rd, 2008

Censure des livres en Iran

Saeed Kamali Dehghan, Le Monde, Le 20 Juin 2008

S’il vivait aujourd’hui, Montesquieu ne demanderait pas “Comment peut-on être persan?”, mais: “Comment peut-on être un écrivain persan?” L’Iran, qui était mondialement connu pour sa poésie, est en panne de littérature. Depuis la révolution islamique de 1979, tous les livres, y compris les ouvrages de fiction, sont tributaires du ministère de la culture et du Conseil islamique. Une autorisation de publication a toujours été nécessaire, mais le contrôle est de plus en plus étroit.

Un grand nombre de livres classiques et de best-sellers ne peuvent plus être réimprimés depuis l’élection à la présidence de Mahmoud Ahmadinejad, en 2005, et à beaucoup d’autres est refusée l’autorisation de publication. L’Iran se trouve ainsi dans ce que ses écrivains qualifient de “dépression littéraire”. Des ouvrages aussi différents que Ulysse, de James Joyce, Le Joueur, de Dostoïevski, Mémoire de mes putains tristes, de Gabriel García Márquez, Du contrat social, de Jean-Jacques Rousseau, ou Da Vinci Code, de Dan Brown, sont interdits, ainsi que certains livres de Virginia Woolf, de Heinrich Böll et de Woody Allen.

La littérature locale n’est pas à l’abri de ces oukases. Ainsi, presque tous les livres de Sadegh Hedayat sont interdits. Enterré au Père-Lachaise, à Paris, l’auteur de La Chouette aveugle est pourtant considéré comme le père du roman moderne iranien. Idem pour Le Coq, roman de Ebrahim Golestan, le fameux cinéaste qui vit depuis longtemps à Londres.

La procédure du contrôle des livres par le ministère est longue, et il est presque impossible d’en savoir les délais. La décision ne relève pas de règles précises, elle est souvent arbitraire, ce qui fait qu’un livre autorisé aujourd’hui à paraître ne le sera pas forcément demain ou pour sa réimpression.

Mohammad Ali Sepanlou, Légion d’honneur et poète iranien, affirme avoir attendu sept mois l’autorisation de réimprimer ses traductions des pièces de Camus, L’Etat de siège et Les Justes. “On m’a annoncé que je devais éliminer au moins vingt phrases dans ces deux livres, précise-t-il. C’est d’autant plus ridicule qu’ils avaient déjà été plusieurs fois réimprimés sous la République islamique.”

Pour Mahmoud Dowlatabadi, auteur renommé d’un roman de dix volumes, “Kelydar”, “la censure a mis nos jeunes écrivains dans un état de dépression complète et la passion d’écrire est malheureusement en train de disparaître en Iran”.

Mais le résultat le plus catastrophique est la montée de l’autocensure. “Elle a envahi l’imagination des écrivains et des traducteurs”, dit Abdollah Kowsari, qui a traduit des oeuvres de Mario Vargas Llosa en persan et qui a remporté l’année dernière le prix gouvernemental de littérature.

L’écrivain Belgheys Soleimani, dont Le Jeu du mari et de la mariée a été un best-seller en 2007, n’a pas été autorisé à publier son dernier roman. “La censure, dit-il, a grandement réduit la diversité et la richesse de sujets dans la littérature persane. Nos récits baignent dans le mensonge.”

L’écrivain Yaghoub Yadali a été détenu quarante jours, de manière illégale, pour ce qu’il avait écrit dans Les Moeurs du Malais. La publication de ce livre avait pourtant été autorisée. “Cela montre qu’en Iran on risque toujours d’être puni pour son imagination”, dit Farzaneh Karampour, écrivain elle aussi.

Media Kachigar, président du prix Roozi Rozegari, a annoncé qu’aucun roman ne serait distingué cette année. “Un prix, dit-il, ne se donne pas dans le vide. Le niveau de vide de la production littéraire est tel que nous avons décidé de ne primer aucun titre, alors que 90 % des oeuvres de fiction sont bloquées par la censure.” Celle-ci est pourtant illégale : elle contredit l’article 25 de la Constitution, remarque Mohammad Sharif, avocat et professeur de droit iranien à l’université Allameh Tabatabayee, à Téhéran.

Alors, comment peut-on être un écrivain iranien?

Entretien avec Erri De Luca

May 26th, 2008

 

Saeed Kamali Dehghan et Domenico Ingenito | La Revue de Téhéran | Juin 2007

Né à Naples en 1950 dans une famille de la moyenne bourgeoisie, Erri De Luca est un écrivain italien minimaliste. Dans les années soixante-dix il fait partie du mouvement d’extrême gauche Lotta Continua pour devenir ensuite ouvrier chez Fiat, manutentionnaire à l’aéroport de Catane, chauffeur de camion, puis maçon sur divers chantiers français, africains ou italiens. Certaines de ses œuvres ont été traduites en français et il s’est également vu décerner plusieurs prix littéraires tels que le prix France culture en 1994 pour Acide, arc-en-ciel, le Prix Laure Bataillon en 2002 pour Trois Chevaux et, au cours de cette même année, le Prix Femina étranger pour son roman Montedidio. Il fut découvert en Iran après la publication de ce même le roman, traduit en Persan par Mehdî Sahâbî en 2003. Il vit actuellement près de Rome et est également un alpiniste émérite.

***

Montedidio est le seul de vos ouvrages qui a été traduit en persan. Quelle fut votre impression lorsque vous avez appris la nouvelle de cette traduction?

Toute traduction est un agrandissement, mais cette traduction en persan fut pour moi un honneur spécial, parce que ma langue, la langue italienne, se trouvait ainsi conduite jusqu’au cœur de l’Asie, là-bas, où les langues indo-européennes sont nées. 

Comment imaginez-vous l’Iran?

J’ai une image infantile et fabuleuse de l’Iran, où l’on fabrique des tapis volants tissés par des doigts experts pour survoler les déserts, voler de la mer caspienne jusqu’à l’Océan Indien.

Au cours de ces dernières années, vous vous êtez beaucoup intéressé à la gnose et la spiritualité. Vous-êtes vous intéressé à la gnose iranienne, qui a une tradition très riche dans ce domaine?

Je ne connais pas bien la gnose, et je me méfie de la prétention de pouvoir connaître la divinité, de la comprendre et la cerner pour ensuite la réduire à une connaissance. La gnose essaye de percer l’insondable avec la petite cuillère de l’enfant qui veut vider la mer. Cet effort énorme et quelque peu vain a cependant produit de grandes œuvres que je respecte, même si je ne peux pas les aborder.   

En Occident, l’Iran est souvent associé au fondamentalisme religieux. Au-delà de tous ces clichés, on peut cependant dire que l’une des caractéristiques culturelles essentielles de ce pays est la valeur donnée du sacré; une sacralité qui dépasse les limites de la stricte religion pour embrasser d’autres domaines comme celui des arts ou de la poésie. L’hospitalité, l’amour pour la culture, la recherche d’une harmonie avec la nature, la poésie elle-même, le respect des traditions, sont toutes des choses qui peuvent être directement ou indirectement reliées au «sacré». Qu’est-ce pour vous que le «sacré»? Est-il possible d’affirmer qu’en Occident, le déclin de l’intérêt et de l’amour pour la poésie serait lié à la disparition du sacré?

Voilà ce qui ne relève pas du  sacré: un drapeau à lever pour la guerre. Pour moi, le sacré est l’utilisation des écritures saintes telles qu’elles l’ont été par les générations qui m’ont précédé. Avec les vers de cette tradition on a célébré les mariages, les enterrements, les fêtes, on a trouvé un refuge contre le désespoir et on a pu s’adresser à Dieu ou invoquer son aide. Je considère ces valeurs partagées par plusieurs générations et la civilisation qui s’est créée autour de ces pages comme sacrées. 

Pourquoi vous êtes-vous plus particulièrement intéressé à la gnose juive?

Le texte fondamental du monothéisme est écrit en hébreu ancien, et il m’intéresse parce qu’il est l’ancêtre de cette révélation, le dépôt initial de la civilisation à laquelle j’appartiens, au moins géographiquement.

Vos œuvres sont rédigées dans un style très simple. Cette simplicité, qui est une caractéristique de vos prose, nous fait parfois penser à celle des écrits de Saint François d’Assise. Vous a-t-il influencé?

Je ne sais pas comment est mon écriture. Si elle est simple, je suis heureux, parce qu’un lecteur veut lire une histoire et il a le droit de la comprendre sans aucun effort. Saint François traitant de sujets plus engagés, donc je ne crois pas que l’on puisse réellement rapprocher ses écrits des miens.

Dans les années soixante-dix, vous étiez actif au sein du mouvement d’extrême gauche “Lotta Continua”. Après avoir quitté ce mouvement, pourquoi avez-vous commencé à vous intéresser à la gnose?

J’ai fait partie de la gauche révolutionnaire italienne jusqu’au 1980. Après sa défaite politique, la désagrégation du mouvement a conduit à la disparition de tous les liens d’appartenance qui unissait ses membres entre eux. J’ai ensuite été ouvrier pendant vingt ans et au cours de cette période de solitude et de silence, j’ai commencé à étudier l’hébreu ancien et à commencer à réaliser des traductions littérales et «peu orthodoxes» des textes sacrés.  

Ignazio Silone est un écrivain italien très connu en Iran dont la position politique était proche de la vôtre; voyez-vous une ressemblence entre votre situation et la sienne?

Silone avait décidé lui-même de s’écarter puis d’abandonner la politique. Pour ce qui me concerne, j’aurais continué sans interruptions, mais il m’est arrivé le contraire: j’ai été contraint d’abandonner suite à l’effondrement de ma communauté politique. Je ne m’en serais jamais écarté de mon propre gré.

Il existe encore actuellement en Italie des groups radicaux. Comment voyez-vous l’avenir de ces mouvements?

En Italie, les petits groupes radicaux n’ont aucun poids politique. La plupart d’entre eux ont davantage un valeur de témoignage, de dénonciation. Ce sont des voix isolées et censurées, des voix bibliques qui se perdent dans le désert.

Qu’en est-il de l’état actuel des mouvements littéraires en Italie?

Il n’y a pas de mouvement littéraire et culturel en Italie, c’est pour cela que l’on publie des œuvres pour le marché; des produits de saison. En prose et en poésie je ne saurais conseiller aux lecteurs aucun livre. Peut-être est-ce un peu moins pire dans le domaine du théâtre.

Vous êtes un écrivain mais un écrivain-ouvrier. Comment avez-vous pu concilier ces deux métiers? Est-ce que votre métier d’ouvrier a influencé vos œuvres?

Ma vie ouvrière m’a appris à placer l’écriture dans le peu de temps libre que je réussissais à sauver malgré mon épuisement. Elle m’a appris à donner de la valeur aux instants du jour qui restent. Ainsi je ne peux pas parler de l’écriture comme s’il s’agissait d’un travail. Ça a été le contraire du travail, un temps de fête. Enfin, le travail d’ouvrier m’a enseigné la discipline, l’obéissance à la nécessité. J’ai parfois fait figurer quelques éléments de cette vie dans certains de mes ouvrages. 

Vous évoquez dans Montedidio qu’ “en Italie il y a deux mots, le rêve et le sommeil alors qu’à Naples, il existe seulement un mot pour dire les deux: le sommeil. Pour nous il n’y a pas de difference entre les deux.” Est-ce que l’on peut dire que dans cette œuvre, le rêve se rapproche du sommeil?

Dans Montedidio dont l’action se déroule dans la Naples d’après guerre, quand je suis né, le rêve servait à tirer les nombres à jouer au loto. Tout ce qui était fantastique, les fantômes, etc. étaient recherché et on cherchait à les consulter pour leur demander une aide, une solution, un conseil. Naples avait un besoin constant d’«au-delà». Le mot «suonno», qui renferme l’idée de sommeil et de rêve, vient de l’espagnol qui a longtemps été pratiqué à Naples et qui n’établi pas de distinction entre le rêve e le sommeil. 

Quelles sont les différences existant entre le réel Montedidio et le Montedidio de votre livre?

Montedidio est une rue, en haut de Santa Lucia, en marge des quartiers espagnols. C’est de l’une de ses terrasses que l’on prépare le vol du boomerang et de Rafaniello; c’est une rampe de lancement projetée vers le ciel, le plus loin possible du sol. Montedidio est le lieu où j’ai grandi et où j’ai vécu jusqu’à l’âge de 11 ans. Aujourd’hui, Naples n’a plus comme auparavant la mortalité infantile la plus élevée d’Europe, et sa situation s’est beaucoup améliorée. Malheureusement, Montedidio et Naples ne sont plus des terres du Sud, mais seulement une sorte de Nord plus nuancé. 

A la fin de Montedidio le narrateur jette un boomerang au ciel. Le lecteur peut alors penser que votre livre se termine bien, mais en même temps, le boomerang revient toujours où il a été lancé, ce qui laisse présager une fin plus sombre… Qu’en pensez-vous?  

Plusieurs lecteurs ont vu un suicide dans le vol de Rafaniello. Je ne sais pas si mon livre se termine bien. La dernière page constitue dans tous les cas la fin d’un rouleau de papier et l’adolescence d’un garçon.

Quels écrivains aimez-vous et vous ont influencés? Quels sont vos livres préférés?

Je ne peux pas dire que les écrivains que j’ai aimés m’ont réellement influencés, parce que je ne sais pas établir un rapport entre moi et eux. Avec les livres que j’ai aimés je suis resté un lecteur et ne me suis pas vu comme un écrivain qui apprend. Je considère Don Quichotte comme étant le plus grand livre de toute la littérature.

Existe-il encore un écrivain dont vous attendiez impatiamment la sortie de son prochain livre?

J’ai aimé les littératures qui parlaient des grands changements; j’ai aimé la littérature russe et américaine jusqu’aux années soixante. Il n’y a aucun écrivain dont j’attends le prochain livre, les meilleurs livres viennent d’un surprise, et non pas d’une attente particulière.

Dans notre monde mondialisé contemporain, pensez-vous que la litterature ait encore quelque chose à dire?

La littérature aura des histoires à raconter jusqu’à la fin du monde. Nous sommes une espèce qui s’est transmis l’expérience, la connaissance, la tradition, la religion à travers les contes oraux et écrits. L’espèce humaine a été narrative, et le sera toujours. Malgré les profonds changements qu’elles ont apporté dans notre existence, les nouveautés technologiques ne vont pas remettre en question ce plaisir immémorial de raconter.

Liens: L’interview en Persan