Entretien avec Amélie Nothomb

Wednesday, May 21st, 2008

 

Par: Saeed Kamali Dehghan, La Revue de Téhéran

Chez Albin Michel, Paris le 9 Janvier 2008

 

Quelle a été votre impression quand vous avez appris que vos livres étaient traduits en persan?

Cela m’a fait une très, très grande impression, vous savez déjà le mot “persan” pour n’importe quel francophone est un mot impressionnant. Montesquieu a écrit Les Lettres Persanes, avec cette fameuse question: comment peut-on être Persan? Et je dois dire qu’aujourd’hui en France on continue à se poser la question “comment peut-on être Persan”, parce que pour nous les Persans sont des gens tellement mystérieux que nous ne connaissons pas du tout, et je suis très fière parce que je me dis que si les Persans sont amenés à me connaître, je vais être peut-être moi aussi amenée à les connaître.

 

Comment imaginez-vous l’Iran?

J’ai beaucoup de mal à l’imaginer, tout ce que je sais de l’Iran, c’est qu’il y a beaucoup de montagnes et c’est une chose très importante pour moi car je suis une fanatique de la montagne et il paraît que les montagnes iraniennes sont magnifiques.

 

Si vous êtes invitée à venir en Iran, accepteriez-vous ou auriez-vous quelques appréhensions?

Non, je n’ai absolument pas peur, mais j’ai toujours un grand problème d’emploi du temps…

 

Vous êtes née au Japon, qui apparaît de façon répétée dans votre œuvre. Pouvez-vous nous évoquer les premières années de votre enfance là-bas?

 Je suis née au Japon, de parents belges, en 1967. Mes parents étaient diplomates et j’ai donc passé toute mon enfance et mon adolescence en Extrême-Orient mais aussi en Amérique. Pour résumer, j’étais dans le sud du Japon, près de Kobe dans les montagnes, jusqu’à cinq ans, puis à Pékin dans la Chine de Mao de cinq ans à huit ans, puis à New York de huit à onze ans, au Bengladesh  de onze à treize ans, en Birmanie de treize à quinze ans, au Laos de quinze à dix sept ans, et à dix sept ans pour la première fois dans ma vie,  je suis arrivée en Belgique, à Bruxelles. Ce fut pour moi un très grand choc de découvrir l’Europe que je ne connaissais pas du tout, finalement j’arrivais comme une étrangère. Je pensais que la Belgique serait mon pays mais quand je suis arrivée là-bas je n’avais aucun repaire, j’étais complètement perdue et c’est à ce moment là que je me suis sentie la plus seule de toute ma vie et que j’ai commencé à écrire, pas du tout parce que je pensais devenir écrivain, mais parce que j’étais toute seule. Quand j’ai eu vingt et un ans j’ai accompli mon rêve, qui était de retourner au Japon, le pays de ma naissance parce qu’il faut savoir que pendant toutes ces années, je n’ai pas cessé de raconter que j’étais japonaise, je pensais que j’étais japonaise, surtout après mon retour en Belgique. A vingt et un ans, je suis donc retournée au Japon durant deux années mais ce fut un échec professionnel que je raconte dans mon livre Stupeur et Tremblements. Durant ces deux années, j’ai finalement compris que je n’étais pas japonaise, je suis rentrée en Europe et je me dis que j’allais essayer de devenir écrivain parce cela n’avait vraiment pas marché.

 

Finalement, de quel pays êtes-vous?

Je crois finalement que je suis de Belgique, même si on ne sait pas très bien ce qu’est la Belgique on peut dire que l’on est Belge, cela n’a pas énormément de signification, ce n’est pas comme la France, quand on dit “je suis Française”, cela veut dire quelque chose d’énorme, comme lorsque l’on veut dire “je suis Iranienne ou Persane”. Mais dire “je suis Belge”, somme toute, c’est tout petit donc on peut le dire.

 

Avez-vous la nostalgie du Japon?

J’ai une nostalgie énorme à propos du Japon, mais au fond, j’ai tellement l’habitude de vivre avec la nostalgie; j’ai vécu toute ma vie avec la nostalgie et je continue à vivre avec.

 

Durant votre enfance, vous avez vécu dans de nombreux pays et avez sans cesse déménagé… ce qui empêche sans doute d’avoir de vraies “racines”. Cela ne vous dérange-t-il pas?

Si, cela me dérange, mais je n’ai pas le choix, et je crois qu’en effet nous sommes de plus en plus nombreux sur terre pour des raisons soit politiques soit professionnelles, à vivre comme cela. Je pense que cela forme une personnalité très différente, j’ai rencontré beaucoup d’exilés, d’expatriés au cours de ma vie, et j’ai pu voir qu’ils étaient de deux catégories: soit ils sont des gens assez froids qui ne s’attachent pas beaucoup aux gens, soit ils sont exactement le contraire, terriblement affectueux, émotifs, ils s’attachent trop aux gens, et moi je suis dans la deuxième catégorie, ce qui ne me rend pas la vie très facile, parce que j’ai tout le temps le cœur brisé et je suis constamment en train de regretter le passé, mais bon je n’y peux rien, je suis comme ça.

 

Dans quelle mesure vos livres Le Sabotage Amoureux et Stupeur et Tremblements s’inspirent de votre propre expérience?

Les deux s’en inspirent totalement, la seule chose que j’ai changée dans Stupeur et Tremblements est le nom de la compagnie et les noms des gens, parce que je ne voulais pas que ce livre soit une accusation, et c’est pour cela qu’il était nécessaire de changer les noms des gens, mais tout ce que je raconte est vrai.

 

Raconter votre vie privée dans vos livres ne constitue-t-il pas un danger?

Il y a bien sûr un danger, mais il y a toujours une frontière entre ce que je veux bien dire et ce que je ne dirai pas, par exemple le dernier livre que j’ai publié, Ni d’Eve Ni d’Adam, raconte mon histoire d’amour avec un garçon japonais, j’ai vraiment vécu cette histoire d’amour, mais bien sûr il y a des choses que je ne dis pas. Cependant, tout ce que je dis est vrai, finalement c’est aussi pour cela que j’ai besoin de publier des livres de fiction comme Mercure, qui est un livre de fiction et dans ce genre, il n’y a pas ce phénomène de la frontière. Je me dis que là ce n’est pas ma vie, je peux donc tout dire, ce n’est pas dangereux.

 

Raconter sa vie privée constitue-t-il une sorte de thérapie ou une façon de se libérer?

C’est une libération mais pas seulement, c’est aussi un moyen de comprendre, et ce n’est pas parce qu’on a vécu quelque chose qu’on le comprend; parfois au contraire, on vit quelque chose de dramatique que l’on ne comprend pas, et on se demande: que s’est-il qui passé? Pourquoi cela s’est-il si mal passé dans cette société japonaise? Pourquoi cette histoire avec la petite fille italienne a-t-elle été si épouvantable? Et souvent, c’est lorsque l’on écrit le livre et que l’on raconte une histoire, que l’on comprend, et c’est à ce moment-là qu’on est libéré. Ce qui libère est surtout le fait de comprendre.

 

On dit que chaque année vous écrivez un livre, est-ce vrai?

C’est pire que cela, je publie un livre par an - c’est déjà énorme - mais en vérité, j’en ai écrit plus de trois par an, et actuellement à quarante ans je suis en train d’écrire mon soixante-troisième livre, donc c’est très grave. Mais je ne publie pas tout heureusement, c’est déjà beaucoup d’avoir publié seize livres en seize ans; si j’avais publié soixante-trois livres, ce serait vraiment une catastrophe! C’est vrai que je suis un écrivain obsessionnel; tous les jours de ma vie, je me réveille à quatre heures du matin avec le besoin d’écrire, et j’écris de quatre heures à huit heures du matin. Et quatre heures d’écriture par jour tous les jours, cela fait beaucoup de livres…

 

Où écrivez-vous?

Chez moi et assise dans le canapé, ma seule habitude est d’écrire à la main avec un stylo comme le vôtre, et  pour écrire, pour avoir la force d’écrire, je bois énormément de thé très fort, du thé noir, qui est beaucoup plus fort que le café.

 

Par quels écrivains avez-vous été influencée?

Je ne sais pas, j’ai énormément lu dans ma vie, il y a beaucoup d’écrivains que j’admire, des écrivains français comme des écrivains japonais; aussi bien Montesquieu que Proust ou Diderot, Stendhal, qui est un écrivain très important pour moi, et également Mishima, Tanizaki, l’espagnol Cervantes, Oscar Wilde, tout ces écrivains, il y en tellement…

 

Lequel a changé votre vie?

Il y a tellement d’écrivains qui ont changé ma vie, tous ont changé ma vie, mais je considère un écrivain plus important pour moi, - c’est aussi un philosophe mais je le considère avant tout comme un écrivain- , c’est Nietzsche qui m’a sauvé la vie. Mon œuvre est assez nietzschéenne, c’est une œuvre de l’énergie, et tous mes personnages ont une grande énergie,  et la figure de Zarathoustra, quelqu’un de chez vous, dont parle tellement Nietzsche, est pour moi une figure essentielle.

 

Etes-vous d’accord avec le fait que la littérature française a connu une sorte de déclin?

Il est très difficile de répondre à cette question, parce que cela suppose que l’on connaisse la vérité sur la littérature française d’aujourd’hui, ce qui est très difficile surtout quand on est écrivain soi-même parce qu’il faut pouvoir lire les autres écrivains en toute objectivité, sans jalousie et esprit de concurrence.

Il est donc très difficile d’être clairvoyant sur ces questions, mais c’est vrai qu’on a tendance à dire que la littérature française contemporaine est en déclin; je ne sais pas si c’est vrai, j’espère que non… Et j’espère que s’il y a effectivement un déclin, je n’y participe pas…

 

Comment considérez-vous la littérature française actuelle?

Je la trouve intéressante, je pense qu’Eric Emmanuel Schmitt est un bon écrivain, il y a d’autres écrivains très dérangeants mais également très intéressants comme Michel Houellebecq. De façon générale, je pense que la littérature contemporaine est très intéressante, notamment en France.

 

Vous avez évoqué la littérature japonaise; appréciez-vous les œuvres de Haruki Murakami?

J’adore Haruki Murakami.

 

Il a suscité beaucoup de controverses au Japon…

Je ne sais pas, mais c’est un écrivain merveilleux qui mérite d’être connu mais je crois qu’au Japon il a quand même un certain succès.

 

Le thème principal de votre ouvrage Le Sabotage Amoureux est la vie des enfants; vous intéressez-vous à ce sujet?

Enormément. En tant qu’écrivain, je suis être de langage, et le moment le plus intéressant du langage est son commencement; c’est le moment où l’on apprend le langage et que l’on découvre les relations entre la réalité et le langage. Et c’est durant l’enfance que l’être humain s’approprie le langage, comprend comment par son intermédiaire il va établir une relation avec l’univers. C’est la raison pour laquelle l’enfance est pour moi l’âge le plus intéressant.

 

Avez-vous eu la même enfance que la fille du livre Le Sabotage Amoureux? Lorsque vous étiez à vélo, avez-vous vraiment eu l’impression que vous étiez sur un cheval ou avez-vous quelque peu exagéré?

Je n’ai pas du tout exagéré, je pense que c’est une de mes particularités, j’ai beaucoup de mémoire, surtout de mon enfance, je me souviens très, très bien de mon enfance et de quand j’avais sept ans; je voyais les choses ainsi, je voyais mon vélo, et mon vélo était un cheval, ce n’était pas pour moi une invention, je le voyais comme cela, c’est aussi la raison pour laquelle c’est triste de devenir adulte parce qu’ensuite, les choses deviennent moins extraordinaires, le vélo cesse d’être un cheval; le vélo devient un vélo.

 

Que signifie la dernière phrase du Sabotage Amoureux remerciant Elena pour sa fidélité à sa légende?

Parce que je l’ai rencontrée depuis, elle est devenue adulte, mais elle est restée la même: elle est toujours belle et méchante, alors je dis merci parce qu’elle est restée fidèle à elle-même, mais pas à moi bien évidemment…

 

L’avez-vous de nouveau rencontrée par la suite?

Je l’ai rencontrée lors d’un voyage en Italie, lors d’une rencontre avec mes lecteurs, et elle est arrivée pour une dédicace. C’était en 2002, et ce fut pour moi un choc, mais elle était toujours la même, elle m’a dit aussi que j’étais toujours la même.

 

Etes-vous toujours amies?

Non, c’est toujours la même!

A-t-elle lu le livre que vous avez écrit sur elle?

Oui, elle l’a lu et elle n’était pas contente, mais je pense que ce livre est la vérité.

 

Quand êtes-vous tombée amoureuse pour la première fois?

Je pense que la vraie première fois, c’était assez tard, quand j’avais vingt cinq ans, mais avant cela, j’ai cru à plusieurs reprises être tombée amoureuse; avec Elena notamment. Quant on est petit, l’amitié et l’amour sont une seule et même chose: quelqu’un est là, quelqu’un est le centre du monde…

 

Stupeur et Tremblements est-il représentatif de la vie au Japon à l’époque où vous y étiez?

Oui, vous savez, je pense que ce livre est très représentatif de l’immense majorité des carrières professionnelles des japonais modernes. L’immense majorité des Japonais d’aujourd’hui travaille dans des bureaux, dans des immeubles gigantesques dans des villes ultra modernes et ont des vies terribles avec un stress permanent. Ils travaillent dans une espèce d’absurdité et sont humiliés par leurs supérieurs. La vie de la grande majorité des Japonais modernes est une humiliation que nous ne supporterions pas.

 

Et les Japonais sont vraiment sévères comme vous les décrivez dans votre livre?

J’ai raconté cette histoire exactement comme elle m’était arrivée, et d’ailleurs le livre a été traduit en japonais et a bien sûr fait un scandale là-bas, les chefs d’entreprise japonais étaient très mécontents, mais les petits employés japonais disaient oui, c’est tout à fait ça.

 

Pourquoi la narratrice de Stupeur et Tremblements - ou plutôt vous - avez décidé de travailler dans un WC plutôt que de démissionner? Etait-ce pour vous prouver à vous-même que vous étiez japonaise et que vous pouviez vivre comme une japonaise?

C’est tout à fait ça, parce que si j’avais démissionné, je me serais conduite comme une occidentale; j’aurais montré que j’étais incapable de me conduire comme une japonaise tandis qu’en acceptant jusqu’au bout même les ordres les plus humiliants, je montrais que j’étais capable de me conduire comme une vraie japonaise.

C’est vrai qu’aux yeux d’un occidental, ce que j’acceptais là-bas était le déshonneur, mais pas pour un japonais. Pour lui, le déshonneur aurait été de ne pas accepter et de démissionner. Et j’ai donc voulu leur prouver que j’étais capable de me conduire comme une vraie japonaise, pas tout à fait bien sûr, par exemple je n’étais pas une bonne employée, mais j’étais une vraie japonaise en ceci que j’ai obéi jusqu’au bout.

 

Travailler six mois dans un WC pour cette raison doit changer la vie…

Oui, absolument, cela change la vie vous savez, mais je suis contente d’avoir vécu cela.

 

Etait-ce aussi par besoin d’argent?

C’était aussi par besoin d’argent, mais c’était surtout par besoin de prouver que j’étais japonaise, en même temps je ne regrette pas parce que quand on a travaillé dans les toilettes, on voit le monde différemment après, et c’est très, très intéressant.

 

Les prix littéraires sont-ils importants pour vous?

C’est bien, mais ce n’est pas indispensable; ce qui compte c’est le public, d’en avoir beaucoup et du bon. Et pour cela je suis très forte, je suis celle qui a le plus de public et le meilleur public. Un bon public  est un public sensible et fidèle; mes lecteurs sont extrêmement sensibles et fidèles et j’en suis très contente.

 

Rêvez-vous du prix Nobel?

C’est impossible, je ne suis pas un écrivain assez sérieux pour le prix Nobel, il est réservé aux grands écrivains, et moi je ne suis pas un écrivain très sérieux. Je suis connue mais mes œuvres ne sont pas d’assez bonne qualité, mais je pense que c’est tout à fait impossible. Peut-être qu’un écrivain iranien aura le prix Nobel, ce serait vraiment bien, car il me semble que cela fait très longtemps qu’un écrivain iranien n’a pas remporté le prix Nobel. D’ailleurs je n’ai jamais lu un écrivain iranien contemporain, je ne connais même pas de nom… Pouvez-vous me dire un nom?

 

Par exemple Sâdegh Hedâyat, qui est enterré au Père Lachaise… il a notamment écrit La chouette aveugle qui a été traduit en français.

Je vais me le procurer, car ce n’est pas normal de n’avoir jamais lu un livre iranien!

Quelles sont vos peurs actuelles?

J’ai beaucoup de peurs; j’ai peur pour le monde, j’ai peur pour la paix, on a l’impression que la guerre se rapproche, j’espère que c’est faux, mais il y a tellement de tensions, regardez au Pakistan par exemple, ça fait peur, donc j’ai peur aussi pour moi car être un écrivain signifie avoir peur.

C’est le plus beau métier du monde mais j’ai toujours peur de perdre, de ne plus être un écrivain.

 

Il y a la maladie appelée le “Writer’s Block”, en avez-vous peur?

Oui, et même si j’écris énormément et que jusqu’à présent j’ai été très féconde, j’ai peur de perdre cette fécondité et j’ai peur de cela tous les jours de ma vie.

 

De quoi rêvez-vous?

J’ai honte des rêves que je fais, je rêve que c’est la fin du monde, que je suis dans un grand tribunal et que les juges débattent entre eux pour savoir si dans la postérité on va se souvenir de moi ou pas; j’ai honte… Et  donc  les juges interrogent les gens pour savoir “Est-ce qu’Amélie Nothomb est vraiment célèbre?, Est-ce qu’on va se souvenir d’Amélie Nothomb?” J’ai honte quand je pense à ca.

Entretien Mario Vargas Llosa

Saturday, May 17th, 2008

La Tentation de l’Impossible

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Par : Saeed KAMALI DEHGHAN, La Revue de Téhéran, Mai 2008

Né en 1936 à Arequipa, au Pérou, Mario Vargas Llosa est l’un des éminents représentants de la foisonnante et superbe littérature latino-américaine contemporaine. Régulièrement couronnée de prix, son œuvre littéraire, incessamment en évolution, est remarquable par sa capacité à exprimer la pensée d’un auteur qui connaît l’art d’écrire. Sans cesser d’expérimenter de nouvelles techniques et d’intégrer une solide formation littéraire à la nouveauté de l’expression, l’écriture de Llosa est une arme parfaite au service de l’auteur dans son combat définitif pour ses idéaux libertaires et sa lutte politique pour l’Amérique latine. Essayiste à ses heures perdues, Mario Vargas Llosa exprime également dans ses essais ses conceptions et convictions. Aujourd’hui détenteur de la double nationalité péruvienne et espagnole, il est membre de l’Académie Royale Espagnole. Parmi ses œuvres, l’on peut citer:

- Les caïds, 1959.

- La ville et les chiens, 1963.

- Conversation dans la cathédrale, 1969.

- La guerre de la fin du monde, 1981.

- La fête au bouc, 2000.

- Le paradis un peu plus loin, 2003.

- La tentation de l’impossible, 2004.

 

S.K.D.: Quelle est, selon vous, la différence essentielle entre la génération d’auteurs tels que vous, Gabriel Garcia Marquez et Carlos Fuentes et des écrivains de la génération précédente comme Miguel Angel Asturias, Juan Rulfo, Romulo Gallegos, Alejo Carpentier?

M.V.L.: Je crois que la principale différence est que ma génération en Amérique latine a accordé une grande importance à la forme, à l’aspect technique du roman, alors que dans le passé, le sujet - surtout les thèmes historiques - était considéré comme très important et c’est pourquoi les écrivains de la génération précédente ont souvent négligé les aspects purement techniques de l’écriture, les points de vue, la perspective, la langue, etc. Je pense c’est la raison pour laquelle la littérature latino-américaine de l’époque a un tel aspect folklorique et journalistique. Pour tous ces auteurs, l’aspect formel du texte et les valeurs littéraires étaient dans de très nombreux cas secondaires, mais ceci a complètement changé avec la nouvelle génération et les écrivains latino-américains s’intéressent à un genre beaucoup plus universel de littérature, parce qu’ils sont plus conscients de l’importance de la forme, du style, de la structure et de l’organisation narrative. Je pense que c’est en cela que réside la principale différence entre ma génération et la précédente.

 

S.K.D. : Cependant, un écrivain comme Rulfo accordait également une très grande importance à la forme.

M.V.L.: Je dirais que Rulfo est une exception, car bien qu’il ait écrit sur le monde rural, sur les gens, sur les petits villages indiens, il se tenait parfaitement au courant de la littérature moderne. Il lisait William Faulkner, qui eu beaucoup d’influence sur lui, comme sur beaucoup d’autres auteurs latino-américains, et il a adopté des techniques d’écriture très modernes dans ses nouvelles et son roman. Je considère Rulfo comme un écrivain moderne.

 

S.K.D.: Vous vous êtes aussi distingué des écrivains de votre génération. Vous avez dépassé les frontières du Pérou pour vous intéresser à toute l’Amérique latine, contrairement aux autres écrivains latino-américains qui se sont souvent limités à leur propre pays.

M.V.L.: J’ai écrit un roman dont l’action se passe au Brésil, intitulé La guerre de la fin du monde et un autre au sujet de la République dominicaine, La fête au bouc. En effet, l’action de mes livres ne se situe pas exclusivement au Pérou, mais bien sûr, je crois que je porte avec moi mon expérience péruvienne dans tout ce que j’écris, même dans les romans dont l’intrigue se déroule dans d’autres pays.

 

S.K.D.: C’est pour cette raison que vous n’écrivez pas uniquement pour le Pérou et que vous considérez toute l’Amérique latine comme votre patrie?

M.V.L.: Eh bien, oui, dans un sens. Dans de nombreux cas, les frontières de l’Amérique latine sont plus artificielles qu’elles ne devraient l’être. Je pense que les problèmes, les traditions, les mythes, les langues et les cultures ne sont pas limités par les frontières politiques et administratives que nous avons, notamment dans notre littérature. J’estime qu’il est très superficiel de parler de l’Amérique latine en termes de nationalisme; l’Amérique latine est une grande unité culturelle, unité qui est en conflit avec la division artificielle des nations sur ce continent.

 

S.K.D.: Dans vos récits, les personnages sont très concernés par la politique, même les gens les plus ordinaires. Dans la réalité, à quel point les gens ordinaires s’occupent de politique, à votre avis? Est-ce qu’on est aussi politisé que dans le passé?

 

M.V.L.: Eh bien, vous savez, quand des pays ont des problèmes politiques en suspens, il devient très difficile d’éviter la politique, qui intègre tout naturellement la culture, donc également la littérature. Nous avons encore des problèmes politiques non résolus en Amérique latine, des dictatures en cours. Nous avons toute une histoire de la dictature et une vaste région gouvernée par des dictatures militaires, dans certains cas gauchistes, dans de nombreux cas de droite, qui ont profondément déformé et dénaturé la vie en Amérique latine. Et cette situation est très représentée dans la littérature car la dictature utilise toujours la censure, elle limite la liberté d’expression, la liberté dans la création littéraire, mais également parce que la dictature utilise la littérature, quitte à la sacrifier en tant que véhicule de dénonciation et de protestation. Dans de nombreux cas, les romans et les poèmes ont échoué dans la création esthétique et artistique car leur but était de dénoncer politiquement, mais dans d’autres cas, nous avons réussi à créer une littérature très riche, attachée aux valeurs civiques. Notre région est le berceau de beaucoup d’écrivains contemporains.

 

S.K.D.: Monsieur Llosa, à quel point le jeune Santiago de Conversation dans la cathédrale vous ressemble lorsque vous aviez son âge?

M.V.L.: Eh bien, je crois que je suis beaucoup plus actif que Santiago [rires]. Santiago est en comparaison un peu passif et trop pessimiste, il s’inquiète beaucoup trop des problèmes que suscite la profonde corruption de son pays, mais je ne partage ni son pessimisme, ni sa passivité, ni sa démission et son goût du sacrifice. Il se sacrifie car il estime que dans un pays aussi corrompu, tout gagnant est un exploiteur. Je ne partage pas ce genre de mentalité, mais il est très répandu, non seulement au Pérou, mais dans toute l’Amérique latine, en particulier parmi les intellectuels. Parmi les professionnels, il existe une classe moyenne qui s’est montrée profondément pessimiste quant à la possibilité de faire bouger les choses, changer la situation.

 

S.K.D.: Je pensais plutôt à la manière dont Santiago fait connaissance avec le communisme. Peut-être avez-vous vécu une expérience similaire…

M.V.L.: Vous savez, il y a cinquante ans, le communisme paraissait la seule alternative viable pour l’Amérique latine. Nous cherchions à construire des sociétés justes, équitables et prospères, puis, peu à peu, nous avons découvert que le communisme n’était pas la solution, et qu’il aggravait au contraire tous ces problèmes. Le communiste d’il y a cinquante ans est très différent du communiste d’aujourd’hui, dont on connaît maintenant les conséquences.

 

S.K.D.: Conversation dans la cathédrale reflète le doute. Santiago, le personnage principal, est indécis dans ses actions et doute de son choix communiste. C’est de ce doute et de l’engagement politique du pays que je parlais en temps qu’expérience de jeunesse.

M.V.L.: J’ai beaucoup utilisé ma propre expérience dans la création de Santiago, mais pas à cent pour cent. J’ai fait appel à mes propres souvenirs d’université sous la dictature militaire de Manuel Arturo Odria, et mon expérience de jeune journaliste pendant ces années au Pérou, mais sous beaucoup d’aspects, je n’ai pas seulement utilisé ma mémoire, mais aussi ma fantaisie, mon imagination. Ce livre est un roman, pas un livre d’histoire, même si je pense que j’ai été fidèle à ce qu’était la vie ces années-là, ces années cinquante, au Pérou et dans d’autres pays latino-américains.

 

S.K.D.: Conversation dans la cathédrale a une structure très originale; ses dialogues désordonnés donnent à ce roman une structure unique. Pourquoi avez-vous choisi la technique du dialogisme narratif pour ce roman?

M.V.L.: J’imagine que c’est parce que j’avais besoin de synthétiser et de concentrer l’histoire, sinon un roman qui tente de décrire la fonction d’un ensemble social durant huit années de dictature prendrait peut-être vingt volumes [rire]. C’était la seule manière de condenser, de donner une profonde unité à un genre de récit très dispersé, j’ai travaillé très dur pour trouver la structure qui conviendrait à Conversation dans la cathédrale. Au début, j’ai perdu ma première année de rédaction de ce livre, j’étais complètement perdu parce que j’écrivais des pièces sans savoir comment les intégrer, jusqu’au jour où j’ai eu cette idée d’une conversation en tant que centre principal du récit. Après cela, j’ai pu travailler de façon beaucoup plus cohérente.

 

S.K.D.: Considérant la structure originale et complexe de Conversation dans la cathédrale, si l’on vous demandait d’écrire un tel livre, penseriez-vous être capable de retrouver une pareille structure? Autrement dit, seriez-vous capable de réécrire ce livre?

M.V.L.: Eh bien, pas de cette manière. Je pense que ce livre représente également une forme de mode littéraire de ces années-là, une forme narrative très en vogue à l’époque, sous l’influence de Faulkner, Dos Passos, Joyce, etc., le meilleur des nouveaux romans modernes, mais aujourd’hui je ne voudrais pas écrire un tel roman. J’ai écrit un roman sur la dictature, La fête au bouc, et sa structure est très différente, et à mon avis, beaucoup plus liée à ce qui existe aujourd’hui en littérature.

 

S.K.D.: La dictature et les dictateurs sont très présents dans vos œuvres, mais la figure du dictateur, par exemple dans La fête au bouc est un peu ambigu. C’est-à-dire que le personnage de Trujillo n’est pas extrêmement négatif, il ressemble à tout le monde et agit même parfois pour le bien de son pays. Je veux poser une question qui nécessite un exemple: dans certains pays, après plus d’un siècle, on ne peut toujours pas juger de l’activité d’un dictateur. Certains ont une bonne opinion de lui et estiment qu’il a bien servi son pays, alors que d’autres ne voient en lui qu’un criminel et un traître. Pourquoi ce dualisme?

M.V.L.: Je pense qu’il est impossible de croire d’un dictateur qu’il est dictateur vingt quatre-heures sur vingt-quatre et qu’il laisse transparaître sa nature démoniaque dans tout ce qu’il fait, il y a toujours un équilibre, mais il est évident que dans une dictature, l’aspect négatif est ce qui prime et en fin de compte, un dictateur peut parfois bien agir, mais ce n’est pas ce qui est important. C’est l’équilibre qui compte, et cet équilibre est toujours une tragédie qui ravage la société. Donc, pour cette raison, je pense que la dictature et les dictateurs sont et doivent être condamnés sans excuse, malgré ce qu’ils ont pu faire de bien pour la société.

 

S.K.D.: Certains critiques comparent La guerre de la fin du monde et Guerre et Paix de Tolstoï, au vu de la taille de l’œuvre et du nombre de personnages et de récits qui s’entrecroisent dans ces deux ouvrages.

M.V.L.: C’est une comparaison fantastique. J’en suis très fier car pour moi Guerre et Paix est le plus grand roman jamais écrit, c’est un roman que j’admire énormément et Tolstoï est selon moi le premier grand romancier.

 

S.K.D.: Ces deux sont comparés en particulier pour leur envergure. Rédiger un ouvrage d’une telle ampleur est souvent considéré comme un risque par les critiques qui estiment que l’on ne lit pas beaucoup les grandes œuvres. Vous n’aviez pas peur lors de l’élaboration de ce livre?

M.V.L.: Je ne pense jamais au lecteur quand je suis enthousiasmé par une histoire. Je veux écrire cette histoire de la façon la plus convaincante pour moi-même, et je l’ai prouvé en écrivant ce livre. Je ne pense pas à l’accueil du lecteur et je crois que tous les écrivains partagent cette façon de voir avec moi. Ce qui importe n’est pas ce qui arrive quand le livre est terminé, c’est l’expérience unique de l’écriture. Vous êtes fasciné par ce que vous faites pendant deux ans, trois ans et vous essayez de transcrire cette expérience avec des mots. Et puis s’ensuit la réaction toujours inattendue du lecteur.

 

S.K.D.: Est-ce que La guerre de la fin du monde représente le conflit de la tradition et de la modernité?

M.V.L.: Oui, je pense que c’est une bonne description de ce livre, vous avez raison.

 

S.K.D.: Le conflit tradition/modernité imprègne ce livre sans que vous portiez finalement de jugement ou que vous proposiez une solution. Est-ce que ce conflit agite toujours l’Amérique latine?

M.V.L.: Oui, beaucoup, et je pense que cette dualité existe non seulement au Brésil, mais aussi dans la plupart des pays d’Amérique latine. Cette difficile intégration de la modernité dans la tradition est très présente, non seulement dans la littérature, mais dans toute la culture. Elle est partout présente. En politique et dans les affaires sociales, nous sommes encore très ancrés dans les traditions, en particulier dans des pays comme le Pérou ou le Mexique et le Guatemala, qui possèdent des passés riches. En même temps, il ne faut pas oublier que ces traditions enrichissent notre culture, nos mythes et les formes artistiques que nous exprimons, et si nous réussissons à intégrer ces différents aspects de notre réalité, différents, mais pas totalement incompatibles l’un avec l’autre, je crois que l’on pourrait prévoir un bel avenir pour les pays de ce continent.

 

S.K.D.: Monsieur Llosa, vous écrivez le passé, vous n’avez pas l’intention de vous pencher sur des sujets plus contemporains?

M.V.L.: J’écris toujours sur des questions contemporaines [Rires.] J’utilise le passé, mais le passé est un moyen parfait pour parler du présent. Je suis un homme d’aujourd’hui, pas du XIXe siècle. [Rires] J’écris le présent, ce qui se passe. Vous avez vu Trujillo, vous avez vu la guerre civile au Brésil, je pense que ma perspective est contemporaine, même si le sujet semble être établi dans le passé. Croyez-moi, je vis dans mon époque.

 

S.K.D.: Il y a des années, vous étiez un des partisans de Fidel Castro, avec Gabriel Garcia Marquez. Et l’affaire Padilla, où Garcia Marquez afficha son soutien indéfectible à Castro provoqua votre désaccord avec les écrivains qui supportaient Castro et le communisme. Quelle fut la cause de votre séparation avec ce courant et avec votre vieil ami Garcia Marquez?

M.V.L.: C’est une très longue histoire. J’étais en faveur de la Révolution cubaine. Nous attendions impatiemment cette révolution, c’était une révolution de liberté, de diversité, de pluralisme. Au début, Fidel Castro semblait être ce genre de leader mais nous nous étions trompés, nous avions été naïfs, en réalité, il est devenu dictateur très rapidement, car il a compris que la dictature est le meilleur moyen de préserver indéfiniment le pouvoir. Quand j’ai compris cela, je suis devenu très critique à son égard et ce fut une expérience importante pour moi parce que j’appris à réévaluer les valeurs démocratiques. J’ai mieux compris l’importance de la liberté, de la légalité, du pluralisme, de toutes ces notions qui rendent la vie supportable et, depuis lors, j’ai été très cohérent dans mon positionnement contre toute forme de dictature. J’ai été contre Pinochet exactement de la même manière, et je suis contre tous les dictateurs, sans exception.

 

S.K.D.: Qu’est-ce qui vous a poussé, vous qui êtes écrivain, à entrer dans le monde de la politique et vous présenter comme candidat aux élections présidentielles?

M.V.L.: A l’époque, le Pérou faisait face à une conjoncture politique très complexe. D’une part, nous avions une guerre civile et d’autre part, le gouvernement démocratique de l’époque était très faible. Nous avions également de lourds problèmes économiques et sociaux, une inflation galopante et tout l’appareil démocratique était sur le point de s’effondrer. C’est dans ce contexte que j’ai décidé d’entrer dans le monde politique, et c’est ce que j’ai essayé de faire, mais je n’ai pas réussi. En tout cas, cette expérience fut très intéressante et m’apprit beaucoup de choses.

 

S.K.D.: Je me souviens que dans votre interview avec le Guardian, vous avez dit que cet événement vous avait fait prendre conscience que la politique peut transformer les hommes ordinaires en petits monstres. Vous ne regrettez pas d’être entré dans la politique et surtout de vous être présenté comme candidat aux élections?

M.V.L: Non, je n’ai pas de regrets car je savais déjà ce que je voulais faire. Quoiqu’il en soit, c’est une expérience que je ne retenterais pas parce que j’ai compris pendant ces années que je n’étais pas un politicien, mais bien un écrivain. J’ai compris qu’il fallait que je m’implique dans le débat civique en tant qu’intellectuel et pas au niveau des grands jeux politiciens. Mais je ne regrette rien. Ce fut une expérience passionnante, une expérience éducative et pour un écrivain, il n’y a pas de mauvais expérience, tout lui est utile [Rires].

گفت‌وگوی اختصاصی با «ماریو بارگاس یوسا» به فارسی

Entretien avec Esmâ’il Fassîh

Friday, May 16th, 2008

 

Saeed Kamali Dehghan | La Revue de Téhéran | Septembre 2007

Quand il fut décidé que je prendrai soin d’Esmâ’il Fassîh à l’hôpital, je ne pensais pas un seul instant entendre de sa propre bouche ce que tant de journalistes à l’affût attendaient: les inédits de Fassîh par lui-même. C’est pour cela que même si je savais pertinemment que l’hôpital n’est pas l’endroit rêvé pour une interview, et que l’état de Fassîh ne lui permettait pas de trop se dépenser, je saisis l’occasion et quand il se mit à parler, je lui demandais la permission d’écrire ce qu’il racontait.

Cela fait plus d’une semaine que Fassîh est hospitalisé à l’hôpital spécialisé de la Compagnie Pétrolière Nationale d’Iran, une compagnie pour laquelle il a travaillé de nombreuses années. Pourtant, le personnel hospitalier ne semble jamais avoir entendu parler ni de lui ni de ses romans.

Depuis que cette interview a été publiée, l’hôpital est devenu un lieu de visite privilégié pour un grand nombre d’admirateurs de Fassîh, tous ceux qui ayant pu autrefois trouver le numéro de téléphone de Fassîh au prix de mille difficultés, s’étaient vus jusqu’alors opposer un refus poli. Pourtant, Fassîh reste l’homme que ses proches ont toujours décrit: aimable, doux, solitaire et un peu timide. Fassîh s’inquiète actuellement pour son dernier livre. Il fait partie de ces perpétuels inquiets que décrit Proust dans Le côté de Guermantes: « Jamais le monde ne saura tout ce qu’il leur doit et surtout ce qu’eux ont souffert pour le lui donner. Nous goûtons les fines musiques, les beaux tableaux, mille délicatesses, mais nous ne savons pas ce qu’elles ont coûté, à ceux qui les inventèrent, d’insomnies, de pleurs, de rires spasmodiques, d’urticaires, d’asthmes, d’épilepsies, d’une angoisse de mourir qui est pire que tout cela.»

***

S’il fallait nommer l’un des écrivains les plus actifs et dans le même temps les plus méconnus de l’époque contemporaine, Esmâ’il Fassîh viendrait sans doute en tête. Un écrivain qui, contrairement au nombre impressionnant du tirage de ses livres et au beau milieu des convulsions de la renaissante littérature iranienne, n’a accordé qu’une unique interview datant de 1993 au magazine littéraire Kelk. Il est également réputé parmi les gens de lettres pour son coté sauvage et solitaire et sa vie de reclus. Sa vie et ses expériences demeurent dont très peu connues du public. Deux raisons ont probablement éloigné Fassîh de la scène littéraire nationale et l’ont poussé à écrire en solitaire: la douleur qu’il éprouva à la suite du décès de son épouse survenu durant les premières années de sa vie aux Etats-Unis, et sa volonté de rester éloigné des complots littéraires et des arrangements mercantiles. Bien qu’elle ait fait de lui un des écrivains contemporains les plus productifs, cette réclusion volontaire a contribué à l’écarter plus que de raison de la scène littéraire et de la jeune génération qui tend à méconnaître son œuvre.

Esmâ’il Fassîh, appelé Nâsser par sa famille et ses amis, raconte ainsi sa jeunesse: «Je suis né en 1934. J’étais le dixième enfant d’Arbâb Hassan et l’on vivait dans le quartier de Darkhoongâh à Téhéran. Mon père avait près du carrefour Shâhpour une petite épicerie, et une grande maison avec deux cours près du carrefour de Gueloubandak. Mes grands frères, qui étaient mariés, vivaient là-bas. Ma sœur empruntait parfois des livres et elle me les lisait, je me rappelle notamment d’Alexandre Dumas. Après la mort de mon père et la répartition de ses biens, j’ai refusé de prendre ma part. Ma mère me donna 3200 tomans et avec cette somme, je partis aux Etats-Unis.»

Quand je lui dis qu’aujourd’hui, un œuf coûte près de cent tomans, il continue ainsi: «Je suis allé de Téhéran à Istanbul avec soixante-dix tomans en trois jours. Après Istanbul, j’ai pris l’Orient Express jusqu’à Paris et de là-bas, je pris l’avion le moins cher que je pus trouver pour New York. Avant d’y aller, j’avais obtenu de l’ambassade américaine de Téhéran un droit d’inscription à l’université et quand je suis arrivé aux Etats-Unis, j’ai d’abord été à New York pour je me suis installé dans le Montana pour m’inscrire au Montana State College. J’ai étudié la chimie pendant quatre ans et comme j’étais bon en anglais, je travaillais les fins de semaine pour l’université. Mon professeur principal, qui m’appréciait, me demanda un jour: «Do you know how to wash the test tubes?» et je lui répondis “Sure, I knew how to wash the test tubes since I was four years old.» Ainsi, je travaillais jusqu’à la fin de l’année et réussis à m’acheter une voiture. Après l’obtention de ma maîtrise en chimie, je suis allé en voiture jusqu’en Californie. C’était en 1961. J’étais sur la route et j’écoutais la radio qui annonçait le suicide de Hemingway. Il était né en 1899 et était mort exactement le même mois que celui de sa naissance. Au début, on a refusé de l’enterrer car son lieu de naissance était un Etat catholique. Son corps resta deux trois jours sur le sol, jusqu’à ce que la nouvelle de cette affaire parvienne aux oreilles de Kennedy qui exigea en tant que président catholique que l’on enterre immédiatement Hemingway. Il fut donc enterré et on écrivit juste sur sa tombe: «Ernest Hemingway 1899-1961». Il venait d’avoir soixante-deux ans

Dès les premières années de son séjour aux Etats-Unis, Fassîh lit Hemingway et comme il le dit lui-même, l’un de ses livres préférés est L’Adieu aux armes. Fassîh a rencontré Hemingway deux mois avant son suicide en avril 1961. Le célèbre auteur américain vivait près du Montana, là où vivait Fassîh. C’est ainsi que ce dernier raconte leur entrevue: «Après notre mariage à San Francisco, ma femme et moi nous sommes installés à Messoula dans le Comté du Messoula. Un jour, notre université invita Hemingway à venir donner une conférence aux étudiants. A l’époque, Hemingway, qui venait de rentrer d’un séjour de quinze ans à Cuba, vivait près de chez nous dans le Montana. Le Montana est un des grands Etats américains, très rural, et c’est là que j’ai obtenu ma maîtrise en langue et littérature anglaises. Hemingway arriva vêtu d’un short et d’une chemise. Il n’entra dans l’enceinte de l’université. Nous nous assirent en cercle autour de lui et il répondit aux questions que nous lui posions. Quand il vit ma tête différente et orientale, il comprit que je n’étais pas américain et me demanda «Where do you come from?» et je lui répondis en prononçant «Iran» à l’américaine. Il demanda «You ran?» et je répondis «Yes, from Iran» (Fassîh rit en ce remémorant ce souvenir). Puis il ajouta «Try very hard» et je lui dis «I’ll try» pour ensuite lui demander: «Writing or something else?» et il me répondit: «Write». Ensuite je le saluai militairement. Récemment la revue Roudakî a fait un numéro spécial sur lui que j’ai lu. Il y est évoqué une anecdote amusante à son sujet: il se réveille un matin et se dit «mon foie va mal, je dois faire quelque chose pour y remédier d’ici ce soir.» C’est ce même jour qu’il se suicida.»

Malgré tous les bons souvenirs qu’il a, un voile de tristesse apparaît sur le visage de Fassîh lorsqu’il évoque la mort de sa femme. Il raconte qu’il a, pendant de longues années, tenté d’oublier cet événement tragique et de se contenter d’en faire de simples allusions dans ses romans pour pouvoir en vain l’oublier; jusqu’à ce qu’il décide il y a trois ans de publier un livre intitulé L’amour et la mort qui est la plus proche autofiction qu’il ait écrit. Comme il le dit lui-même, Jalâl Aryâne, le célèbre héros de ce romain, ressemble «exactly» à Fassîh lui-même. Fassîh confirme donc la rumeur qui avait affirmé que l’histoire de ce personnage était très proche de celle de son auteur: «Mon premier mariage était avec une jeune fille norvégienne nommée Annabel Campbell à San Fransisco. Elle venait d’arriver en Californie et j’étais amoureux d’elle. Mais elle tomba enceinte et au moment de l’accouchement, la mère et l’enfant moururent ensemble.» A cet instant Fassîh se souvient d’une expression que prononce le docteur Fareham dans son roman: «If you love her, don’t marry her» (Si tu l’aimes, ne l’épouse pas).

La mort d’Annabel transforme profondément le jeune Fassîh de 29 ans qui ne peut désormais plus supporter sa vie aux Etats-Unis. Il décide alors de revenir en Iran à bord du Queen Mary, un voyage de deux semaines qui l’emmène du Nouveau Monde – avec des escales dans le sud de la France – jusqu’à Venise. Il y prend ensuite un avion pour Téhéran.

Quand Fassîh revient à Téhéran, il trouve de nouveaux amis parmi lesquels on peut nommer Sâdegh Tchoubak, Najaf Daryâbandarî, Ahmad Mahmoud, Gholâmhossein Saedî et Karîm Emâmî. A ce propos, Fassîh raconte: «A mon retour en Iran, j’ai rejoint Sâdegh Tchoubak qui était un personnage important dans la Compagnie pétrolière, et ensuite Najaf Daryâbandarî qui travaillait à l’époque pour les éditions Franklin. Un jour où j’étais allé rendre visite à Sâdegh Tchoubak à Téhéran, je lui ai emmené le livre Terre connue. Après l’avoir lu, il m’a dit d’attendre et de continuer à travailler pour la Compagnie dans le sud. C’est ce que j’ai fait et je l’ai revu là-bas plusieurs fois. Après cela, j’eus un patron anglais qui ne me plaisait pas. Je suis alors rentré à Téhéran et pour dire à Sâdegh que je voulais démissionner. Mais il m’en empêcha et m’envoya en mission à Masjed Soleymân. J’y restais six mois avant de repartir pour les Etats-Unis. Je suis rentré des Etats-Unis deux ans plus tard et par l’intermédiaire d’un vieil ami du lycée, j’ai fait la connaissance de Parîchehr Edâlat que j’ai épousé. Après cela, ma fille Salomé qui a fait les dessins du livre Cœur aveugle et qui vit actuellement à San Francisco est née. J’ai aussi un garçon, Shahryâr, qui vit à Karaj.»

Il est trois heures du matin quand Fassîh se réveille et se souvient d’Abadan: «Quand j’étais encore à Abadan, je me réveillais parfois au milieu de la nuit et j’écrivais. J’écrivais une douzaine de pages jusqu’à l’aube et je prenais alors mon petit déjeuner. Je me sentais heureux d’avoir avancé dans mon travail.»

La Compagnie du Pétrole et son ciné club ont eu une grande importance pour Fassîh qui a travaillé pour cette compagnie une grande partie de sa vie, mais aussi pour ses fans et ses admirateurs qui voyaient son nom mentionné de façon répétée dans ses romans: «Les soirs, on allait au ciné club de la Compagnie qui disposait d’une salle. On mangeait, la Compagnie faisait des affaires avec beaucoup de compagnies étrangères et on voyait donc toutes les nouveautés du cinéma mondial dès leur sortie

Fassîh considère les livres d’Ebrâhîm Golestân comme très importants et affirme à son sujet: «Je connaissais Golestân et je l’ai vu et en Iran et à Londres, mais nous n’étions pas très proches.» Cependant, il considère lui-même avoir été avant tout influencé par Jamâlzâdeh,  Ahmad Mahmoud et Bozorg Alavî: «J’étais étroitement en contact avec Ahmad Mahmoud et on se voyait beaucoup; et aussi Gholâmhossein Saedi, qui était la bonté incarnée

Fassîh est un grand admirateur des poèmes de Forough Farrokhzâd et, comme il le dit lui-même, avant de tomber malade, il allait parfois à Zâhiroddoleh sur sa tombe. Il en va de même pour le Jalâl Aryâne du livre Shâhbâz et les chouettes qui, lorsqu’il rend visite à son frère philosophe dans le nord de la ville, se rend sur la tombe de Forough. «Moi et Forough Farrokhzâd, on se connaissait bien. On se voyait souvent. J’avais vu Forough pour la première fois à Masjed Soleymân et là-bas, elle faisait un film avec Monsieur Golestân. Un jour où  je devais venir à Téhéran pour mon travail, j’ai appelé Forough et nous avons décidé d’aller déjeuner ensemble avec Ebrâhîm Golestân et Gholâmhossein Saedî dans l’avenue Nâderî. Dans cette avenue, il y avait une petite rue appelée Ghavvâm-o-saltâneh, et c’est là-bas que nous avons déjeuné. Ensuite, nous sommes restés dîner ensemble au Hilton.»

Esmâ’il Fassîh considère Tangssir de Sâdegh Tchoubak comme un roman inoubliable et concernant la poursuite de ses liens d’amitié avec cet écrivain, il nous répond: «Alors qu’il était retraité, je l’ai vu par hasard à Londres pour la dernière fois, à Hyde Park. Après cela, j’ai entendu qu’il était mort aux Etats-Unis. Moi et Tchoubak avions entretenu un lien d’amitié sincère. Même si nous n’étions pas très proches, j’allais le voir à chaque fois que j’avais un problème. Et même durant des dernières années de sa vie où l’on se voyait moins, il m’envoyait toujours des photos et des cartes postales par l’intermédiaire d’un ami commun.»

Jalâl Aryâne est pour les admirateurs de Fassîh son personnage central et un héros présent dans la plupart de ses livres de Fassîh. Beaucoup le considèrent comme l’alter ego de Fassîh lui-même. Il explique ainsi le choix de ce nom et de ce personnage: «Un jour, lorsque j’étais dans le sud de l’Iran, je me suis dit que je voulais avoir un personnage nommé Jalâl Aryâne, un personnage qui m’accompagnerait dans ma vie. Il est présent dans toutes les intrigues mettant en scène quelqu’un qui souffre. Malgré ses efforts, cette personne meurt et il doit supporter le poids de cette douleur, comme c’est le cas dans L’hiver ۶۲.» Concernant la cause de la tristesse constante d’Aryâne, il affirme: «C’est les peines du cœur et de la tête, vous savez. Une mauvaise aventure, une sale histoire ne vous lâche pas aussi facilement.» Jalâl Aryâne semble tellement proche d’Esmâ’il Fassîh qu’il est difficile de croire que ses romans ne sont pas des autofictions. Cependant, cet entremêlement va si loin qu’Aryâne devient parfois aussi proche de Fassîh que le Marcel d’A la recherche du Temps perdu à de Proust. Les lignes de démarcation entre l’auteur et son personnage tendent alors à s’effacer, comme c’est le cas dans son dernier ouvrage L’amour et la mort.

En commençant sa mission dans le sud de l’Iran, Fassîh débute également l’écriture de son roman Vin amer: «J’ai écrit Vin amer et en 1968, j’ai donné apporté le manuscrit aux éditions Franklin. Il fut publié grâce à Najaf Daryâbandarî et aux corrections de Karîm Emâmî. Mais cela fait maintenant des années que je n’ai pas vu Monsieur Daryâbandarî et nous n’avons plus tellement de contact. » La plupart des ouvrages d’Esmâ’il Fassîh comportent en première page un poème qui est la clé principale de l’intrigue. Les premières pages de Vin Amer laissaient également apparaître une clé qui contenait le reste du récit. Cependant, sur le conseil de Najaf Daryâbandarî, elles furent enlevées dès les premières éditions: «Je fais figurer dans tous mes livres quelques vers de poème qui contiennent la thèse de l’histoire. Pour Vin Amer, j’avais choisi un vers de Hâfez qui parle de vin amer, mais j’ai décidé de le supprimer sur un conseil de Najaf Daryâbandarî.» A ce moment-là, Fassîh se souvient du poème du livre Une lettre au monde: «Une lettre au monde fut d’abord publié aux Etats-Unis et il était basé sur un poème d’Emily Dickinson: «Ceci est une lettre au monde, qui ne m’écrit jamais.»»

Après Vin amer, Esmâ’il Fassîh écrivit un livre nommé Cœur aveugle dont la trame est constituée de souvenirs d’enfance, avec en toile de fond l’ambiance des vieux quartiers de Téhéran et en particulier du bazar de Darkhoongâh et de sa maison paternelle qui était toujours pleine de monde et d’aventure. Fassîh évoque nostalgiquement cette époque: «J’avais deux ans quand mon père est mort, je vais parfois sur sa tombe. Je me tenais toujours dans l’angle sud de la tombe jusqu’à ce qu’une fois par hasard, je me tins dans l’angle nord. Soudain, le souvenir de mon père me submergea et je me mis à pleurer. On dirait que le moindre souvenir reste ancré dans cette maudite tête.» Il affirmé également au sujet du personnage de Rassoul dans Cœur aveugle: «Rassoul était mon frère préféré. Bien sûr son vrai nom était Mohammad, qui était aussi doué et sensible que le Rassoul du livre. Il adorait la poésie

L’histoire de Jâvid reste l’un des ouvrages les plus appréciés du public de Fassîh: réédité près de dix fois, il souligne également l’intérêt de Fassîh pour l’Iran préislamique. Contrairement à ce qu’il écrit dans le prologue, Fassîh a lui-même inventé l’intrigue du récit: «Il n’y avait absolument personne. Tout ce qui s’y est déroulé s’est passé dans l’ordinateur de mon cerveau.» La rédaction de L’histoire de Jâvid a duré six ans. Fassîh évoque à ce sujet: «Après voir écrit deux livres, j’ai commencé L’histoire de Jâvid alors que je ne connaissais ni un zoroastrien ni quoi que ce soit au sujet du zoroastrisme, ni quelqu’un du nom de Jâvid. Un jour, une histoire m’est venue à l’esprit et j’ai commencé à l’écrire. Cela m’a pris six ans

Soraya est dans le coma est, avec L’Hiver 62 et L’histoire de Jâvid, l’un des plus importants romans d’Esmâ’il Fassîh; véritable critique sociale sur l’intelligentsia post révolutionnaire: «Il y avait un groupe de richards et de bons à rien qui était partis de l’Iran en Turquie et de là-bas un peu partout alors qu’ici, il fallait voir ce qui se passait.» Fassîh qui, à cause de la fermeture de l’ambassade d’Angleterre en Iran, avait été obligé d’aller à Paris pour obtenir un visa qui lui aurait permis d’aller voir sa fille malade et qui lui fut finalement refusé, y rencontra des soi-disant intellectuels iraniens. Cette expérience enracina en lui une grande méfiance envers les intellectuels, vis-à-vis desquels il gardera constamment ses distances. «Quand Soraya est dans le coma, on dirait que tout le monde est dans le coma. Les Iraniens fêtards de Paris et d’autre part, une série de flash back à Khorramshahr et au Baloutchistan… Des gens qui passent leur temps à faire la fête dans les cafés parisiens et qui par-dessus le marché proposent des thèses et des solutions à ceux de l’intérieur

Soraya agonise parut en 1985 aux éditions Zed Books Ltd. Il fut traduit par Fassîh lui-même et inspira quelques articles dans les magazines littéraires de l’époque. Ce livre fut également traduit en arabe et publié au Caire en 1997 sans la permission de l’auteur.  

Après ce livre, deux nouveaux romans, La souffrance de Siavash et L’Hiver 62, qui est l’un des plus beaux romans de Fassîh, furent publiés.

Dans L’Hiver 62, le narrateur poursuit la lecture d’un roman qui contient symboliquement l’historique du récit. Il s’agit d’En attendant Godot de Samuel Beckett.

Cela fait quelques temps que Fassîh a soumis son dernier roman, L’amer, aux éditeurs et qu’il attend la permission de publier. «Cela fait neuf mois que j’attends l’autorisation de sortie.» D’après Fassîh, c’est cette absence même qui a provoqué toute cette tension psychologique qui a provoqué son récent séjour à l’hôpital, durant lequel cet auteur solitaire s’est livré après plus de dix ans de silence: «Quand un écrivain comme moi qui a passé sa vie à écrire ne peut plus publier ses livres, à quoi bon vivre?»

 Au sujet de ce dernier roman, Fassîh dit: «L’amer est la fin de L’Histoire de Jâvid. Jâvid a atteint l’âge de quatre vingt onze ans. Cette fois ci, Jalâl voyage à Londres pour effectuer une mission qui lui a été confiée par son entreprise. Arrivé là-bas, une dame le prévient qu’il y a un vieil homme dans la maison des vieux qui passe son temps à marcher de long en large et à parler en Avesta. Jalâl rend visite au vieil homme pour prendre soin de lui. Le vieil homme, qui a entendu qu’Aryâne est venu le voir, lui dit «Tu es Aryâne, donc Zoroastrien». Et Aryâne de répondre: «Mais non, je m’appelle Jalâl.»»

( Entretien avec Esmail Fassih, Ismail Fasih, Esma’il Fassih, Esmail Fasih)

Liens: L’interview en Persan